LE SERVITEUR DU SOLEIL

         En 1353 avant J.-C., le pharaon Aménophis IV (son nom égyptien Amenhotep signifie « qu’Amon soit satisfait ») monta sur le trône. Plusieurs de ses portraits encore existants le dépeignent comme un homme ventripotent,  menton pointu, aux épaules maigres et aux cuisses massives. Du haut du torse contrefait émerge un cou étroit et long surmonté d’une énorme tête ornée de grosses lèvres et d’une paire d’yeux en biais. Ces traits largement caricaturés, à la fois masculins et féminins, ont peut-être été tracés pour montrer l’image primitive du dieu solaire androgyne, « père et mère de la création ». Ils ont d’ailleurs parfois été appliqués à certains portraits de son épouse Néfertiti. Cependant, qu’elle qu’ai été la banalité de son apparence physique, Aménophis possédait de grandes qualités intellectuelles qui lui permirent d’impulser une extraordinaire révolution religieuse.

        En arrivant au pouvoir, Aménophis commença à réorganiser la religion égytienne. En lieu et place des nombreuses divinités du panthéon traditionnel, le nouveau roi promut Aton (« Disque du soleil ») divinité unique, dépourvue de tout caractère mortel. Aton était décrit sous la forme d’un disque dont les rayons se terminaient en mains tenant l’ankh symbole de la vie.

       Les premières références à Aton remontent à plusieurs siècles. Aton était devenu une divinité majeure sous le règne d’Aménophis III, connu sous le pseudonyme de « Resplendissant Disque Solaire ». A l’avènement de son fils, le disque d’Aton était largement reconnu comme le symbole du soleil et comme la manifestation de Rê. A l’origine, en tant qu’entité désincarnée, Aton continua de cohabiter avec les autres dieux, mais Aménophis lui conféra la suprématie. Durant les cinq années de son règne, ce pharaon prit le nom d’Akhenaton (« Usufruitier d’Aton », « Gloire d’Aton », »Incarnation d’Aton »). Il construisit alors une nouvelle capitale à 320 km au nord de Thèbes, sur une plaine inhabitée, dépourvue de tout lien avec la moindre divinité antérieure. Parmi les autres bâtiments, le nouvel emplacement ne comprenait pas moins de ciq palais royaux et plusierus temples voués à Aton. La nouvelle ville fut baptisée Akhetaton (« Horizon d’Aton »), aujourd’hui Amarna.

       La dernière étape de l’ascension d’Aton eut lieu peu de temps avant la fin de la construction de la nouvelle ville, lorsque Akhenaton annonça que tous  Egyptiens et tous les sujets étrangers (principalement Nubiens et Syriens) devaient désormais vénérer un dieu unique, Aton.

       Akhenaton fut épaulé dans sa tâche par Néfertiti, son épouse, toujours repésentée comme une femme d’une très grande beauté. Ils organisèrent une terrible hécatombe parmi les dieux du panthéon égyptien. Le dieu le plus populaire, Amon-Rê, constituait un obstacle redoutable à l’instauration d’un culte quasi monothéiste. Ses statues furent brisées et son nom effacé des monuments où il apparaissait dans toute l’Egypte. Pour précipiter le mouvement, les prêtres de l’ancien culte furent destitués, leurs temple fermés et les biens confisqués agrandirent le domaine royal. Tout nom propre comportant une référence à Amon-Rê fut changé – à l’instar de celui d’Akhenaton lui-même.

       Quelques sujets d’Akheaton, peu nombreux, résistèrent au changement. Ceux qui contestaient la suprématie d’Aton continuaient de pratiquer secrètement l’ancienne religion. Même dans la nouvelle capitale, certains portaient encore d’anciennes amulettes. Cependant, en quelques années, toute la vieille panoplie des multiples dieux, des temples et du clergé égyptiensfu abandonnée. La nouvelle religion avait supplanté l’ancienne et était dirigée par un seul personnage, le pharaon Akhenaton. Lui seul, aidé de Néfertiti, pouvait s’entretenir avec le nouveau dieu solaire, interpréter ses désirs et prédire l’avenir de l’Egypte.

       Sans aucun doute, Akhenaton fut un dictateur mais  pas nécessairement un être détestable. Dans le personnage divin d’Aton, il offrit à l’Egypte un dieu bienveillant, créateur et nourricier de l’humanité. Le culte d’Aton favorisa une ouverture nécessaire de la religion égyptienne. Traditionnellement, les temples étaient des lieux sombres, tenus à l’écart du peuple par de gigantesques colonnades. Sous le règne d’Akhenaton, de nombreux temples furent élevés, construits dans de spacieuatriums à ciel ouvert qui laissaient la lumière naturelle inonder la scène mystique. Là, composés en l’honneur d’Aton, célébrant l’égalité au sein de l’humanité.

       Si Akenaton avait été plus souple, ces pratiques lui auraient sans aucun doute survécu. Mais en focalisant aussi intensément sur le culte d’Aton, à l’exclusion  de presque tout le reste, le pharaon s’aliéna tous ceux qui souhaitaient continuer d’adorer les dieux au travers desquels ils pouvaient atteindre la résurrection. Inévitablement, le clergé ancien nourrit une rancune tenace contre celui qui le privait de son pouvoir et de ses revenus antérieurs. Il se peut également qu’Akhenaton ait négligé quelque peu son rôle primordial d’administrateur suprême bien qu’il ait, durant son règne, organisé plusieurs campagnes militaires en Asie Mineure.

       Lorsque Akhenaton mourut en 1335 avant J.-C., Aton mourut avec lui. Après le règne de l’obscur Smenkekare (peut-être Nefertiti), un jeune pharaon du nom de Toutankhaton (probablement un fils qu’Akhenaton eut avec Kiya, une épouse de second rang) monta sur le trône. Toutankhaton abandonna la nouvelle capitale de son prédécesseur, restaura l’ancien panthéon et entama le long combat du retour à l’ancienne puissance égyptienne. Pour montrer que ses intentions étaient sans ambiguïté, il prit le nom de Toutankhamon. Amon-Rê remontait au zénith du ciel mystique égyptien.

       On gomma la présence d’Akhenaton. Sa ville fut rasée, ses inscriptions arasées et les anciens temples recontruits. Le règne d’Akhenaton n’avait été qu’un simple cahot sur la voie divine…

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